Newsletter de novembre 2015 – suite aux attentats

Apaiser la souffrance

J’ai pensé important de transmettre à tous, cette lettre que j’ai écris aux membres de l’École occidentale de méditation

Le déchaînement de la terreur qui s’est abattue sur Paris nous atteint tous, d’une manière qui dépasse même souvent ce que pouvons comprendre. Nous sommes d’emblée, avant même d’y réfléchir, en rapport à la situation, de tout notre être, de tout notre cœur. C’est notre propre humanité qui est comme attaquée et niée…

Notre première réaction est sans doute de vouloir réagir immédiatement, mais en un sens très profond, dans une telle situation, il est bon de commencer par ne rien dire et garder le silence.
C’est le sens de la minute de silence qui a été faite aujourd’hui. Elle dit au fond quelque chose d’essentiel propre à toute humanité : que seul un geste ou un rite peut être posé quand plus rien ne peut l’être. Que c’est ainsi que les êtres humains gardent le sens de leur propre humanité.

Même si cela n’est plus très audible aujourd’hui, le silence, en son sens fort, n’est pas la négation ou la privation de parole, mais une manière très profonde et très digne de dire et de se tenir. Une manière profondément éthique d’être. C’est là aussi le sens de la méditation. Simplement se poser sans rien faire d’autre que laisser la vie résonner. Prendre le temps d’un acte pur, d’un acte qui ne faisant rien, entre en rapport au plus essentiel qui est aussi le plus fragile. J’encourage chacun dans ces moments à prendre le temps de pratiquer quelques minutes. C’est, au premier chef, une manière d’entrer simplement en rapport à ce que vous ressentez.

Nos réactions dans de telles situations ne répondent le plus souvent à aucune logique. Certains d’entre vous peuvent s’en vouloir car ils sont comme médusés et ne ressentent rien, d’autres sont dans des états de peurs irrationnelles, d’autres emplis d’un trop lourd chagrin, d’autres encore profondément découragés, d’autres dans une intense colère… L’important est ici le geste tout simple de la pratique : simplement entrer en rapport à ce que vous éprouvez, tel que vous l’éprouvez, sans chercher à vivre une autre expérience que celle qui est la vôtre, là, maintenant. N’ayez pas peur de votre douleur par exemple.

Prenez le temps de toucher ce qui vous arrive sans aucunement le juger.
Pour la plupart d’entre nous, cela implique de rencontrer d’abord la stupeur et l’incompréhension, puis toutes sortes d’émotions. C’est une première étape très importante.

Il faut ensuite prendre le temps de rencontrer la douleur de nos proches, de nos amis et d’éprouver ainsi la vérité des liens qui nous unissent et font ainsi de nous des êtres humains. Dans ces moments, pratiquer ensemble prend tout son sens. En un troisième temps, la pratique aide à donner un peu d’espace. Méditer nous conduit en effet à mêler l’intensité de la douleur à l’ouverture de la présence. Dans cet espace de la vie toute nue, il est alors possible de donner naissance à la bienveillance aimante envers tout ceux qui aujourd’hui souffrent.

J’ai beaucoup pensé ces dernières heures aux circonstances qui ont conduit le Bouddha à enseigner sur la bienveillance aimante. Quelques moines partis pratiquer dans la forêt, ont vécu des expériences de très grandes peurs. Peurs des bêtes féroces et d’éventuels criminels… Le Bouddha a alors enseigné sur la nécessité de pratiquer non seulement la présence attentive mais aussi l’amour bienveillant. Toucher en son cœur, le désir que ceux qui nous sont proches soient épargnés par la souffrance et connaissent la véritable et authentique paix du cœur, et puis étendre cette aspiration à tous les êtres. Cette pratique apaise très profondément. Cela semble paradoxal : comment le fait de s’ouvrir à la douleur, de vouloir l’alléger nous apaiserait ? Et pourtant c’est ainsi que cela se passe : en ouvrant notre cœur, en laissant la bienveillance jaillir, nous trouvons un sens de paix. Cette paix ne met pas à distance la douleur, elle ne s’en détourne pas, elle ne s’y oppose pas, m! ais elle sait la guérir. Elle la guérit précisément parce qu’elle sait l’accueillir. Puisse la peur, la violence, la haine se dissoudre et la bienveillance s’épanouir. Puisse notre cœur s’apaiser puissions-nous par là retrouver un peu de notre humanité si profondément mise à mal.

De tout cœur

Fabrice Midal