Newsletter d’octobre 2013

Pourquoi enseigner des pratiques de méditation de bienveillance ?

Entretien

Mon nouveau coffret audio Méditations sur l’amour bienveillant, 12 méditations guidées (Audiolib) sort aujourd’hui. À cette occasion je réponds à quelques questions qui reviennent souvent.

Pourquoi avoir réalisé ce coffret ?

Fabrice Midal : Après avoir fait le coffret sur la méditation de la pleine présence (mindfulness), je savais qu’il faudrait pouvoir en réaliser un autre sur la amour bienveillant.
C’est par un malentendu que nous identifions la méditation et la « pleine conscience » — car en réalité, tout aussi importante que de pouvoir se poser dans le présent, de trouver l’écoute d’un certain silence, de donner naissance à une attention plus soutenue, est la nécessité d’entrer dans la haute tendresse qui guérit si profondément nos blessures et nos égarements.
Nombre de mes étudiants me disent depuis longtemps combien ces pratiques les aident et leur permettent même de pouvoir mieux comprendre la pratique de la pleine présence. C’est évident. Nous vivons dans une telle tension, dans une telle obsession de la performance, dans une telle négation de l’amour, que ces pratiques sont particulièrement précieuses et permettent une réelle transformation.

Coffret de Fabrice Midal Méditations sur l'amour bienveillant

Qu’est-ce qu’il y a dans ce coffret ?

Fabrice Midal : Il se compose de trois CD qui vont vous aider à pratiquer la méditation et faire naître et croître en vous la bienveillance aimante. Un CD est constitué d’un entretien qui permet d’exposer les présupposés de ces pratiques et particulièrement l’idée surprenante pour nous que l’amour n’est pas un sentiment qui est ou non présent, sans qu’on n’y puisse rien mais qu’il se travaille. Les deux autres CD sont des méditations guidées.
Cela fait dix ans que j’enseigne et travaille à construire un ensemble cohérent de pratiques. Mais la difficulté est qu’ici, plus encore qu’avec la pleine présence, ces pratiques demandent à être repensées. Nous ne faisons pas face aux mêmes difficultés que les Orientaux. La différence principale est que nombre d’entre nous sont tout à fait désireux de mieux aimer, de manifester un plus grand altruisme, mais la difficulté est que nous ne voyons pas du tout comment faire. Impossible de se contenter de prouver le bien-fondé de l’amour, il faut montrer le chemin qui permet d’y entrer.

Comment ces pratiques dessinent-elles un chemin ?

Fabrice Midal : Souvent on croit que l’on sent de l’amour si les circonstances y sont favorables, si nous sommes entourés des bonnes personnes, etc. Or, il est possible de découvrir que si l’on se détend, si l’on donne de la place à l’amour, alors il advient pleinement rayonnant. C’est tout l’enjeu de cet engagement : découvrir que nous pouvons  ouvrir notre cœur. C’est plus simple que nous le croyons.
Il faut vraiment insister : ce sont des pratiques. Il ne s’agit pas de réussir quelque chose, mais de s’entraîner à redécouvrir et à donner droit à l’amour bienveillant. C’est l’apport de la diversité de ces méditations. À force de diriger des séminaires, j’ai appris à repérer les difficultés que la plupart des gens rencontrent. J’ai peu à peu ainsi dessiné un chemin qui permette d’apprivoiser avec douceur nos peurs, nos sentiments de manquer de cœur, de ne plus savoir le toucher…
Si vous êtes en colère, vous pouvez laisser tomber votre colère et faire naître de la bienveillance aimante. Je crois que c’est vraiment possible, réel et important. Nous prenons trop au sérieux nos états émotionnels. Ces pratiques nous montrent que les émotions ne sont pas aussi sérieuses que nous le croyons.

Vous insistez sur le fait qu’il est crucial de s’autoriser à s’aimer soi-même, pourquoi ?

Fabrice Midal : Si nous ne nous incluons pas dans l’amour, cet amour va être de l’ordre du devoir et d’une règle et va reposer sur une forme de dureté envers soi-même. Voilà qui n’est pas sain et même contradictoire avec le sens réel de l’amour ! Or c’est là un point décisif pour nous Occidentaux : nous manquons profondément d’amour pour nous-mêmes, si bien que notre amour est trop fragile. Il ne faut pas aimer, il faut laisser l’amour se déployer en nous et dans le monde ! C’est tout à fait différent. L’amour pour soi et pour les autres n’est pas d’une nature différente, au contraire.
L’amour bienveillant qui nous inclut en lui, qui nous garde en son sein, est une étape indispensable pour pouvoir nous ouvrir aux autres, au monde. Au fond s’aimer soi ou aimer les autres ce n’est pas si différent, le point crucial est de retrouver, de redonner droit à l’amour.
C’est un contresens qui conduit à croire que l’égoïsme est un amour de soi excessif — il est en réalité une inquiétude quant à soi qui témoigne d’une singulier manque d’amour.
Voyez, c’est une formidable nouvelle : nous avons le droit d’être bons envers nous-mêmes, d’avoir de la tendresse quand nous traversons une période difficile. Ces pratiques m’ont personnellement beaucoup aidé à mettre du baume sur mon cœur plutôt que de l’huile sur le feu.
Il faut aussi souligner que par manque d’amour envers soi, nous acceptons souvent d’être maltraité. En apprenant à mieux se considérer, notre cœur s’apaise et paradoxalement nous sommes plus solides et forts.

Comment ces pratiques peuvent-elles nous aider à mieux aimer ?

Fabrice Midal : Au fond, nous sommes tous d’accord, et nous acceptons tous que l’amour, ce n’est pas nous qui le décidons. Et c’est au fond cela la merveille de l’amour : il nous arrive comme par miracle, de façon entièrement gratuite. Mais si cela est tout à fait essentiel, il est cependant possible d’apprendre à ouvrir son cœur, apprendre à aimer davantage. Il ne s’agit pas de « jouer » quelque chose et de se forcer, il s’agit peut-être plutôt de désapprendre la manière dont nous nous sommes enfermés, car le paradoxe, c’est que nous avons recouvert notre cœur d’une chape de béton sans nous en rendre compte. La pratique vise à cesser de mettre une couche de plus de béton sur notre cœur. Et vous avez remarqué, que même là où l’on a mis beaucoup de béton, il y a des herbes toutes simples qui réussissent à effriter le béton, même là où nous mettons une chape sur notre cœur il y a des pousses de bienveillance aimante qui viennent au jour. Ces méditations nous apprennent à les laisser croître. C’est un soulagement profond.
On découvre ainsi que notre relation aux autres, à nos amis, à nos enfants, à nos parents, se trouvent renouvelées.