Newsletter d’octobre 2016

Méditation et psychologie positive

J’ai découvert le travail de Tal Ben-Shahar, il y a maintenant plus de dix ans. J’ai reçu son manuscrit un matin dans le cadre de mon métier d’éditeur.

Je l’ai ouvert et je n’ai pas pu arrêter ma lecture. J’ai été complètement frappé par ce texte. Quelqu’un parlait du bonheur — d’une manière différente de tout ce que je pouvais connaître.

Le discours habituel sur le bonheur m’a toujours mis mal à l’aise : il se contente trop souvent d’enchaîner des généralités un peu mièvres et de favoriser la tendance, déjà bien étouffante, à l’égocentrisme. Mais ici, Tal Ben-Shahar employait un langage complètement nouveau basé sur des recherches de pointe surprenantes… Il montrait qu’en réalité, quand on parle du bonheur, on en parle mal, très mal même : nous croyons qu’il viendra si nous avons atteint nos objectifs, si tout va bien, si nous avons reçu une bonne nouvelle ! Cette vision est tellement étroite ! Elle témoigne d’une absence totale de compréhension de notre esprit.

En réalité, c’est parce que je suis heureux, que je peux réussir ; c’est parce que j’aime ce que je fais que je peux me dépasser. Je ne suis pas heureux parce que j’ai surmonté tous les obstacles, je surmonte les obstacles parce que je suis heureux de faire ce que je fais.

Je ne suis pas heureux parce que je n’ai plus aucune difficulté, mais parce que j’ai réussi à ouvrir un autre rapport à ces difficultés.

Le livre a vraiment permis de faire connaître la psychologie positive en France et je me suis engagé année après année à publier les principaux ouvrages concernant cette nouvelle discipline.

Peu à peu, les grandes idées de cette approche ont commencé à m’habiter plus profondément. Tout particulièrement parce que, ces dernières années, j’ai été confronté aux problèmes posés par le succès de la méditation, et particulièrement à la déception que ressentent tant de gens. Ils ne comprennent pas comment le fait de s’ouvrir au présent tel qu’il est peut changer leur vie en profondeur. Ils sont déconcertés de n’avoir aucun outil. Ils ne réussissent pas à s’abandonner complètement au geste si radical qu’offre la pratique. Ils ne peuvent croire que ce seul geste de ne rien faire ouvre à des changements profonds, nous rend pleinement vivants, nous permet de découvrir un souffle en nous que nous ignorions.

Or la psychologie positive apprend à développer des attitudes, des formes d’attention qui peuvent véritablement changer notre vie : apprendre à avoir de la gratitude, repérer ce qui donne vraiment de la joie pour le favoriser en soi, comprendre ce qui nous rend vraiment heureux… Tous ces principes sont profondément méditatifs – des modalités d’attention.

Et de façon fascinante, les grands auteurs de la psychologie positive, parmi lesquels Tal Ben-Shahar, se sont peu à peu tournés vers la méditation ! Pour eux qui cherchent depuis des années à comprendre comment changer son état d’esprit, la méditation est apparue comme une voie royale.