Newsletter de février 2018

Narcisse : un mythe pour notre XXIe siècle

Se retrouver pour découvrir cette joie profonde qui réside en chacun de nous

Chaque année, j’enseigne un ou deux séminaires. C’est chaque fois une aventure unique que je prépare longuement.
Cette année : je vous invite à explorer le mythe de Narcisse.
J’ai la conviction que c’est ce qui pourrait être le plus nécessaire à notre société, à chacun de nous.

Tout a commencé un peu par hasard. Un jour, j’ai entendu dans le métro une femme dire à son enfant sur un ton cassant : « Arrête d’être aussi narcissique. » J’ai été frappé par la violence de la remarque, et en y réfléchissant un peu j’ai commencé à trouver cela étrange.

Mais au fond, que nous dit ce mythe ?
Peinture de Fleurs de narcisse

Ainsi a débuté une grande aventure qui m’a conduit à relire Homère, Ovide, Alberti, Freud, Lacan, Rilke et Valéry, Montaigne et Bachelard et tant d’autres…

Mon étonnement fut complet : le mythe de Narcisse a travaillé l’Occident d’une manière beaucoup plus profonde, subtile et éclairante que la caricature actuelle qui considère qu’être narcissique c’est s’enfermer en soi-même.

Le mythe nous parle de nous rencontrer, de vivre une expérience de plénitude, de ne plus être dépendants du regard des autres… De trouver en soi une source neuve de vie.

Pourquoi donc ce mythe a-t-il été réduit à une faute, la faute majeure à en croire la plupart des commentateurs actuels ?
Étrange, étrange, étrange !

Mais encore plus frappant est que le constat habituel : notre monde serait trop narcissique, n’a pas de sens.

Chaque fois qu’une telle affirmation est émise, souvent par des experts, des intellectuels, le sous-entendu est que tout le monde est trop narcissique, hormis celui qui prononce ce jugement ! Inversons les choses : au lieu de regarder les autres comme étant quasiment d’une essence différente de nous-même, regardons en nous. Sommes-nous trop narcissiques ? Aussitôt nous sentons bien que non. Nous, nous n’arrivons pas à nous aimer. Nous n’arrivons pas à nous respecter. À savoir poser des limites. Nous acceptons souvent de nous laisser maltraiter. Nous nous auto-exploitons. Et ce problème, qui est LE problème de notre temps, nous ne savons pas le penser. Nous ne sommes pas même autorisés à le nommer.

Il y a là comme un tabou, un interdit : « Ne te connais pas, mais au contraire perds-toi dans les tâches et les divertissements. Ne t’écoute pas, pour qui te prends-tu ? Sacrifie-toi pour le veau d’or, pour le gros animal social. »

Nous avons ainsi renversé l’injonction : « Connais-toi toi-même » qui était pour Socrate la condition de possibilité de toute vie en commun, de toute vie politique.

Je suis convaincu que la condamnation du narcissisme actuel participe d’une négation profonde de l’être humain qui peut ainsi être réduit au rouage d’une machine.

Oui, bien loin de nous enfermer en nous-mêmes, être narcissique est la seule possibilité de sortir d’un « maléfice ».

La violence, l’égoïsme, l’attitude d’avidité destructrice proviennent d’un manque profond de narcissisme. Incapables de nous rencontrer, d’être en paix avec nous, nous sommes d’une avidité que rien ne peut combler. La destruction de la terre, la violence sociale trouvent là leur cause profonde.
Ainsi, le discours moraliste et mièvre qui nous invite à être bon et pas égoïste, à être ouvert et non fermé, est sans poids, sans action réelle. Une sorte de sucrerie qui, malgré son goût agréable, ne nous fait aucun bien réel.

Lors de ce séminaire, nous explorerons donc la façon d’être narcissique pour de bon, en levant toutes les fausses interprétations du mythe qui nous conduisent à nous méfier de nous.

Nous explorerons la manière dont ce mythe a travaillé l’Occident et peut éclairer notre propre présent. Il s’agira à chaque fois, à partir de ce travail, non pas de faire un effort d’érudition, mais de s’engager dans la découverte de soi, de ce qui nous habite, mais aussi nous appelle. Nous travaillerons à repérer toutes ces croyances qui nous entravent et nous empêchent de vivre. Car sans nous en rendre compte, nous sommes pris par une idéologie qui est cause de nombre de nos souffrances et difficultés.

Vous le verrez, ce travail de découverte de soi n’a strictement rien à voir avec ce que l’on entend habituellement par cette idée, une sorte d’enfermement, d’introspection… C’est au contraire le grand chemin de l’ouverture, ouverture à la vie, ouverture aux autres, ouverture au monde.

Vous découvrirez une autre approche de la pratique de la méditation, un chemin concret et simple — et non cet outil technique pour être plus « efficace », calme, coupé des autres, des émotions et de la vie.

Nous profiterons de la situation de notre résidence à Dinard pour faire des promenades méditatives sur le magnifique sentier des Douaniers face à la mer.