Newsletter de juin 2014

Toucher la présence avec son corps : la posture de méditation

Entretien avec Clément Cornet

Dans cet entretien Fabrice Midal et Clément Cornet nous présentent l’ancrage corporel qu’est la posture dans la pratique de la méditation.

En quoi consiste la posture telle que vous l’avez reçue ?

— Clément : pour le pratiquant assis sur un coussin, la chose la plus importante est de trouver sa verticalité, c’est-à-dire le rapport au ciel à partir du sommet du crâne, à partir du point le plus haut du corps, puis de laisser le bassin se poser sur le coussin. Les mains reposent à plat sur les cuisses et les jambes sont naturellement croisées devant soi avec les pieds en contact avec le sol. Si vous êtes assis sur une chaise la plante des pieds est posée sur le sol et les jambes ne sont pas croisées.

Vaut-il mieux s’asseoir sur une chaise ou sur un coussin ?

— Clément : La posture ne doit pas faire souffrir, et l’on doit pouvoir rester assis 45 minutes, donc, si l’on a de réels problèmes aux hanches par exemple, la chaise peut être plus adaptée. Mais si l’on n’a aucun problème physique particulier, il est plus intéressant de pratiquer sur un coussin, car alors on est plus proche de la terre.

En quoi cette posture est-elle la base de la méditation ?

— Clément : être assis est une position des plus simples et des plus naturelles.

— Fabrice : en prenant cette posture nous sommes droit, alerte, en rapport avec la quintessence même de l’être humain ; l’être humain doit trouver une verticalité à partir de laquelle il voit le monde de manière plus ample. Habiter sa verticalité est une expérience simple mais qui touche à la vérité la plus profonde de notre humanité. Méditer dans cette posture, dans sa simplicité la plus déconcertante – nous sommes juste assis droit, les jambes croisées devant soi – est très éclairant, très aidant pour toucher notre humanité. Les gens ont souvent l’impression qu’il faudrait faire des choses sophistiquées pendant leur pratique, mais méditer consiste avant tout à prendre une posture que l’on habite vraiment, cela a donc un rôle majeur.

Peut-on parler d’habiter son corps ?

— Fabrice : ce n’est pas évident d’habiter son corps, pour beaucoup cela est abstrait, inconnu.

— Clément : habiter son corps signifie avoir une sensation claire et entière de son corps. La plupart du temps, notre rapport au corps passe par un tas d’idées que nous avons sur lui alors que dans la méditation, lorsque l’on s’assoit, il s’agit vraiment de sentir pleinement son corps, dans sa simplicité.

Fabrice dit souvent que la spiritualité consiste à s’incarner, que le travail de toute une vie est d’habiter son corps.

— Fabrice : on pense souvent à tort que la spiritualité consisterait à se libérer de son corps, de la dimension matérielle, afin d’entrer dans un monde supérieur… et cela nous empêche de comprendre qu’au contraire méditer consiste à se poser dans ce corps qui nous soutient, sur cette terre comme point d’appui. La spiritualité, c’est entièrement habiter son corps, entièrement habiter le présent, entièrement habiter notre humanité… Cela est décisif à comprendre, et la méditation nous permet de le reconnaître.

— Clément : Méditer c’est aussi découvrir toute la vie que recèle le moment présent.

La posture est-elle un acte de décence ?

— Fabrice : méditer c’est avoir rapport à la vie, en s’asseyant on touche le mystère d’être un être humain.

— Clément : c’est le geste de la pratique, ralentir pour donner droit à quelque chose qui est déjà là et auquel on ne fait jamais attention au fond… Apprivoiser un sens simple d’être là et cela se fait d’abord corporellement, ce qui est un grand travail ! Par la droiture, on apprend à se tenir, et c’est ainsi tout le rapport aux autres, tout notre rapport au monde qui change.

La posture guérit-elle ? Est-elle bonne ?

— Clément : oui, car on touche un sens d’être qui est vraiment primordial, on touche la vie qui est en nous et en se connectant à cela on sent toutes les ressources qui sont en nous.

— Fabrice : pour une fois, notre corps n’est plus comme un vêtement qu’on trimballe sur un cintre. Quand on s’assoit tout est simple, cela n’a rien de mystique, il s’agit d’être enfin posé sur la terre et non plus perché dans sa tête ; éprouver son corps nous ancre, rend le rapport au réel beaucoup plus vivant, ce qui est salvateur pour quelqu’un d’angoissé, de déprimé, de stressé. En nous permettant d’entrer en rapport avec notre corps, la méditation est une source d’apaisement profond.

Est-il simple de trouver sa posture ?

— Fabrice : non, il faut beaucoup de temps pour trouver sa posture. C’est pourquoi dans les stages en résidentiel qu’organise l’École occidentale de méditation, il y a de nombreuses instructions précises, pour aider chacun à trouver sa posture, et des moments d’ajustement des postures, dans lesquels chacun est guidé. Trouver sa posture cela signifie trouver l’équilibre interne dans lequel nous sommes réellement posé dans notre corps, pour de bon. Nous avons beaucoup de mal à être simplement assis et au fond méditer c’est apprendre à s’asseoir pour de bon, en développant un sens de solidité et de confiance.
La pratique de la méditation est vraiment un travail pour retrouver un sens de présence – probablement même d’éveil – dans l’entièreté de son corps. Il est fait droit à cette exigence qui est bien loin d’une technique puisqu’elle nous met en rapport avec la plénitude de notre existence.

— Clément : il y a une dimension de travail qui se fait sur la longueur, nous avons à revenir sans cesse sur quelque chose qui nous appartient mais que nous avons à gagner. Cela prend du temps, c’est cela le chemin de la pratique, c’est une forme d’entrainement, on devient de plus en plus familier avec quelque chose qui nous est complètement propre, intime, mais qu’on ne perçoit pas d’emblée. Il est important de préciser que la posture n’a rien d’un relâchement, il s’agit plutôt d’un réel effort d’attention. Si l’on cherche trop rapidement la détente, on risque de perdre l’ampleur de cette pratique. Ce sens de l’effort nous apparaît, au fur et à mesure, nécessaire pour que quelque chose apparaisse, c’est comme accorder un instrument de musique.